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La main

J'étais étendu nu sur mon lit, dans l'obscurité de cette nuit sans sommeil, quand j'ai senti une main saisir ma cheville et la serrer fort. Je me suis assis précipitamment et j'ai tendu les bras devant moi pour écarter mon agresseur, mais je n'ai trouvé personne. J'ai tâté le bord du lit, j'ai agité mes bras en moulinet, non, décidément, j'étais seul dans la chambre ; seul avec cette main égarée posée sur moi, agrippée, pareille à une araignée charnue. Je me suis alors laissé retomber en arrière, sur le drap, et ainsi allongé, j'ai respiré amplement pour endiguer ma panique. La main a relâché son étreinte et s'est avancée sur ma jambe. Elle a dépassé le genou, elle est passée près de mon sexe en le frôlant, elle s'est faite lourde sur mon ventre où elle s'est attardée avant de vadrouiller sur ma poitrine et de finir son parcours, doigt écartés, dans mes cheveux. Ensuite, elle a disparu. J'ai vite tiré sur moi la couverture et j'ai enfoui ma tête sous l'oreiller. Pas question d'un nouveau contact avec cette main vagabonde. J'étais sûr qu'elle s'était posée quelque part dans la pièce, sur un meuble ou sur une poignée de porte. Elle devait me guetter dans le noir, dans l'attente de prendre son envol pour venir se poser à nouveau sur moi, après avoir plané au-dessus de mon corps.